Un article de Benoît Houssier, Écrivain Biographe en Auvergne-Rhône-Alpes
Dans un projet de biographie, la confidentialité est une règle éthique essentielle. Pour travailler, les écrivains biographes ont besoin de la confiance des narrateur·ice·s et de leur entourage. Il arrive que des auteur·ice·s nous confient des informations qu’ils ne souhaitent pas voir figurer dans leur biographie. Par ailleurs, leur famille attend de notre part le plus grand soin à leur proche.
Confidences en coulisses
Nous sommes parfois les dépositaires de récits de vie dont certains détails sont connus seulement de celles et ceux qui les ont vécus et nous les racontent. Parfois ce sont des aspects anecdotiques qui ne correspondent pas à l’image que souhaitent laisser les narrateur·ice·s. Ainsi cette femme, au cours d’une biographie de couple qui n’a pas souhaité conserver les blagues potaches de son mari. Parfois ce sont des sujets plus conséquents, comme les souvenirs de cet homme qui m’a raconté ce qu’il a vécu pendant la guerre d’Algérie, mais que nous avons retravaillé à l’écrit pour préserver les lecteur·ice·s. Je me souviens aussi d’un monsieur dont la fille m’a informé de certains aspects de sa vie extraconjugale alors que lui ne m’en avait pas parlé. C’était sa biographie à lui. Son point de vue à elle est donc resté entre nous. Une dame aussi m’avait raconté avec beaucoup de pudeur certains passages violents de sa vie de couple en refusant catégoriquement que cela apparaisse dans son livre, bien que cela aurait pu intéresser sa famille. J’ai évidemment respecté son choix. Une autre encore qui n’a vécu que deux années heureuses, tant elle a été soumise à diverses souffrances au cours de son existence, familiales, professionnelles, physiques… et quand je l’ai rencontrée elle était très handicapée. Mais après sa mort, une de ses proches m’a confié l’avoir vue danser en rêve.
Secrets industriels
Quant aux biographies d’entreprises, il va de soi que lorsqu’on visite les lieux, les témoins nous racontent l’histoire de leur aventure entrepreneuriale et nous dévoilent parfois des secrets de fabrication. Dans ce cas, les écrivains biographes gardent ces informations confidentielles en mémoire, mais ne les divulguent pas. Cela peut faciliter leur compréhension des process. Il m’est arrivé de signer un accord de confidentialité, mais cette précaution est naturelle pour moi, comme pour mes collègues : ce qui se dit en entretien reste à notre discrétion, tant que le commanditaire n’a pas validé la version qui sera diffusée auprès des lecteur·ice·s. Certains témoins nous confient aussi des ressentis par rapport à des membres de leur équipe. Dans ce cas également nous faisons la part des choses et ne conservons à l’écrit que les éléments essentiels à la compréhension du texte. Inutile d’alimenter des rancœurs. Une biographie est aussi un exercice de diplomatie.
La déontologie au service de la biographie
Dans tous les cas, même si nous respectons les idées et convictions de nos narrateurs, nous refusons toute implication dans des écrits diffamatoires ou portant atteinte à la vie privée. Pour cela nous les conseillons et les accompagnons à toutes les étapes de leur projet. L’objectif reste de permettre aux narrateur·ice·s de partager ce qu’ils souhaitent avec leurs lecteur·ice·s. L’objet final doit être agréable à lire, que le livre aborde des sujets difficiles ou plus légers, il est essentiel que le texte diffusé ne trahisse pas les intentions de départ de l’auteur ou de l’autrice. C’est cette symbiose que les écrivains biographes recherchent entre l’histoire qui leur est transmise et celle que reçoivent les lecteurs. Un récit respectueux du message de l’auteur. Un ouvrage porteur de sens et de valeurs.