Un entretien avec Pascale Bigard, Écrivaine biographe à Lyon et Cannes, rédigé par Benoît Houssier, Écrivain biographe en Auvergne-Rhône-Alpes.
Une passion bien ancrée
Pascale Bigard a rédigé sa première biographie en 2015. Dix ans plus tard, elle aime toujours autant écouter ses narrateurs et narratrices.
« J’ai commencé avec la maman d’une amie. C’était un parcours douloureux, car elle avait été déportée lorsqu’elle était enfant. J’étais très impressionnée. Puis j’ai rejoint un réseau de biographes et j’ai pu enchaîner sur une autre rencontre inoubliable. Il s’agissait cette fois d’un homme dans la force de l’âge qui souhaitait témoigner après avoir failli mourir. Nous nous sommes très bien entendus. Le métier venait de me saisir : comment ne pas se passionner pour de telles histoires ? »
Depuis ses débuts, Pascale alterne ainsi entre les Mémoires de personnes âgées et les récits de narrateurs plus jeunes.
« Les anciens sont généralement dans une démarche de transmission. Le fait d’être écoutés et de construire un récit avec moi leur apporte de la sérénité et contribue à les apaiser. J’ai aussi la chance de travailler avec des personnes plus jeunes qui souhaitent livrer des témoignages intimes, souvent difficiles : maladie, différence, violence, inceste, emprise… J’apprécie beaucoup de les soutenir dans leur démarche de témoignage, pour leur permettre, dans le meilleur des cas, de tourner la page et d’entamer un nouveau chapitre de leur existence ».
À l’écoute de l’autre
Pour Pascale, l’écoute est primordiale. Sans une écoute professionnelle, active et bienveillante, pas de confiance, pas de confidence, pas de transmission possible.
« Mes études de psychologie m’ont sensibilisée à cette posture ; c’était celle qui me convenait. Je me suis formée dès l’université à l’écoute clinique, attentive et ouverte. J’ai appris les outils essentiels pour les entretiens individuels et les entretiens de groupes. L’écoute est devenue mon fil conducteur professionnel, une rivière dont je n’ai cessé de suivre le cours. Quelques années plus tard, j’ai repris des études et obtenu un DEA de sociologie.
Durant ma première vie professionnelle, j’étais consultante en psychosociologie pour des marques. Mon rôle était de faire s’exprimer les consommateurs et consommatrices, pour alimenter et orienter la réflexion stratégique des entreprises. J’aimais faire parler les gens, mais la dimension humaine m’a toujours manqué. Lorsque j’ai découvert la biographie, j’ai compris que j’avais trouvé ma place : j’allais enfin allier mes capacités d’écoute et ma première vocation, celle d’accompagner des personnes. »
L’écriture, un artisanat
Pascale rappelle que lorsqu’on parle de biographie, on évoque surtout l’écriture.
« Bien sûr qu’il faut savoir écrire ! Mais je pense que l’écoute passe avant toute chose. L’écriture est une compétence, tandis que, pour moi, l’écoute s’apparente plus à un talent. Il arrive souvent que la personne qui se raconte me dise tout à coup : « Ça, je ne l’ai jamais dit à personne ». Au long des entretiens, on canalise les émotions, on avance pas à pas, en tête à tête. Ce sont des moments délicats, précieux, de l’ordre du recueillement ; je n’hésite pas à parler de tendresse.
Puis vient la transcription que je tiens à effectuer moi-même de façon exhaustive, mot à mot, pour ne pas perdre une miette de ce qui a été dit et de comment cela a été dit. C’est la condition pour que l’écrit ressemble à la personne qui se raconte et lui aille comme un gant. C’est son nom qui figurera sur la couverture, pas le mien !
Je ne me considère ni comme une artiste, ni comme une autrice. Je revendique au contraire le statut d’artisan. Les propos que je recueille sont la matière première, le matériau noble que je vais façonner à l’image de celui ou celle qui m’accorde sa confiance et me confie ses souvenirs. C’est un exercice compliqué, mais tellement gratifiant lorsqu’il est réussi. »