Un article de Jean-Louis Milcent, Ecrivain Biographe en Alsace et en Lorraine
Avec la louable intention, d’offrir à un ami ou un membre de sa famille la possibilité de s’exprimer librement sur les événements douloureux de sa vie, celui ou celle que nous appellerons, par commodité, le donneur d’ordre, fait appel aux services d’un écrivain biographe. Au-delà de la simple transcription de souvenirs, le prestataire se voit parfois confier une mission spécifique : celle d’aider le narrateur à fendre l’armure.
Le poids des non-dits
Malgré des liens étroits, la relation entre le donneur d’ordre et le narrateur se heurte parfois à des non-dits, bute sur des sujets que l’on n’ose pas aborder par respect, par pudeur ou par simple peur de blesser : une relation difficile avec ses parents ou ses enfants, une union qui vire au cauchemar, une addiction… Le recours à un tiers neutre peut offrir au narrateur l’occasion de se livrer et, de fil en aiguille, de fendre l’armure. Pour autant, le souhait du donneur d’ordre risque d’être contrarié par la réticence de la personne appelée à s’exprimer : la libération de la parole ne se décrète pas.
Écouter avant d’écrire
Face à ces silences, l’écrivain biographe doit, en premier lieu, respecter le silence. Il est là pour écouter, échanger et comprendre ; l’écriture viendra dans un second temps. Il ne s’agit pas de forcer une porte, mais de créer les conditions pour que celle-ci puisse, si le narrateur le souhaite, s’entrouvrir. La confiance, elle aussi, ne se décrète pas, elle se gagne. Au fil des discussions, il faut savoir dédramatiser des situations jugées insolubles par notre interlocuteur, montrer que l’on a l’esprit assez large pour tout entendre et comprendre. D’inavouables secrets de famille apparaissent parfois bien désuets au regard de l’évolution de notre société
Mesurer la portée des confidences
Le narrateur, se sentant en confiance, peut, de manière paradoxale, s’épancher auprès de l’écrivain biographe au-delà des espérances du donneur d’ordre. C’est à ce moment que le rôle de l’écrivain biographe prend toute sa mesure. Car recueillir une parole libérée ne signifie pas nécessairement tout écrire ni tout publier. Le narrateur peut ne pas avoir pleinement conscience de la portée de certains propos, de ce qu’ils révèlent de lui-même ou de ce qu’ils pourraient provoquer chez ceux qui les liront. Tout est alors une question de mesure. Sans se substituer au narrateur, l’écrivain biographe se doit de l’accompagner dans sa réflexion, de l’inviter à mesurer la portée de ses confidences et leur impact sur ses futurs lecteurs.