Faire écrire sa biographie, en décidant de ne pas la faire lire
Article de Pascale Bigard, Écrivaine Biographe à Lyon, Paris et Cannes.
Le droit au secret
Les récits autobiographiques ne sont pas toujours destinés à être lus. L’image classique du grand-père qui rédige ses Mémoires — avec un M majuscule — pour les transmettre à sa descendance, n’est pas la seule existante. Il existe d’autres types de biographies, plus personnelles, plus intimes et qui n’ont pas vocation à être rendues publiques, ou du moins pas dans l’immédiat.
Biographies cachées, biographies discrètes
Mais au fond, pourquoi faire écrire sa biographie et ne pas souhaiter qu’elle soit lue ? En voici quatre exemples, mais il en existe d’autres :
Isabelle
« Je veux raconter ce qui m’est arrivé. J’aimerais déposer mon histoire dans un livre que je rédigerais à la première personne, sans faux-semblant, sans jugement. Sous la dernière ligne de la dernière page, j’apposerais le mot Fin. Ensuite de quoi je refermerais ce livre, je le déposerais en lieu sûr et je pourrais passer à autre chose. »
Safia
« Je donnerai ce livre à mes enfants quand ils seront devenus adultes. Pour le moment, ils sont encore trop jeunes pour lire mon récit et être confrontés à ce que leur père nous a fait vivre. Je vais en faire imprimer trois exemplaires, un pour chacun, que je cacherai dans une boîte, en attendant. »
Louis
« Ma vie n’a pas été facile, il m’a fallu sortir du chemin tracé pour moi, pour me protéger et préserver ma différence. J’ai rarement dit ce que je ressentais, ni qui j’étais vraiment, et j’ai fini par l’oublier. Je veux rassembler mes souvenirs et me rassembler autour d’eux. Ce livre, je l’écrirai pour moi-même, il me contiendra, il dira ce que je fus, ce que je fis — rien de bien grave en vérité. Il sera remis à mes descendants lorsque je partirai. »
Alain
« Dans ma famille, un secret s’est transmis de génération en génération. On a eu beau l’enfouir, le cacher, le dénier, on n’est jamais parvenu à l’effacer vraiment. C’est la tâche à laquelle je souhaite m’atteler aujourd’hui : raconter ce secret, témoins et documents à l’appui, pour qu’il cesse de nous empoisonner. Pour autant, je ne veux ni choquer ni culpabiliser : ce livre “livrera” sa vérité dans quelques années, lorsque tous les anciens seront partis. »