Article de Catherine de Seine Ecrivaine Biographe à Paris
Quand une fleur de lotus naît de la boue sombre d’un étang…
Avec son Écrivain Biographe pour ‘ligne de vie’, Madeleine s’attelle à un éprouvant face-à-face avec elle-même, revisitant une histoire traversée de fracas dès son plus jeune âge. Elle examine ses blessures, d’où elle vient, le pourquoi du comment de ses choix de vie, ce qu’elle a fait pour s’en sortir. Par les apprentissages et la créativité, elle s’est forgé une odyssée à son goût, disqualifiant l’amertume, le chagrin, la dépression.
Madeleine raconte avec clairvoyance ces ‘choses’ effroyables verrouillées dans le silence et vécues dans le déni de leur gravité, dont tant de femmes ont eu à souffrir depuis la nuit des temps : ces agressions sexuelles qui font d’elles les proies de ces hommes broyés qui veulent imposer leur loi, sans parler de ceux qui leur veulent du bien en leur faisant du mal.
Écrire pour l’apaisement et la liberté
Écrire… pour décrypter les répercussions à long terme de ces évènements sur le cours de sa vie. Elle n’a eu de cesse de labourer sa conscience, une pratique dont elle a fait son métier. Elle est devenue psychanalyste, éducatrice spécialisée et artiste peintre. La psychanalyse et l’art ont été ses bouées de sauvetage.
Écrire… pour donner une existence concrète aux tourments d’autrefois.
Écrire… parce que les mots sont des actes et que livrer sa matière première intime est un acte militant, qu’elle préfère appeler une aventure artistique.
Madeleine éprouve de la reconnaissance à l’égard de la jeune fille qu’elle était, pour son acharnement à s’extraire des marécages de sa jeunesse. Sans cela, peut-être aurait-elle grandi à côté de sa vie, enveloppée d’un linceul invisible.
L’oppression et son exutoire. Des bleus de l’âme à l’or
Elle naît quatrième d’une fratrie de six garçons et deux filles, dans une famille paysanne où le chef de famille diffuse violence conjugale et paternelle. Il dilapide l’argent du ménage au jeu et auprès de ses conquêtes féminines, et finit par en perdre son exploitation agricole, précipitant les siens dans le déclassement social et le dénuement. Une décision de justice le fera également déchoir de son autorité parentale, ce qui n’est pas rien dans la société patriarcale des années 60.
Un Oncle – avec une majuscule -, catholique traditionaliste, prend alors la relève du père disparu des radars, avec pour objectif de contraindre sa nièce Madeleine à un mariage forcé avec son fils adoptif. Il entend se garantir ainsi un lien du sang avec ses petits-enfants à venir, s’offrir la chance de se perpétuer que son couple infertile s’est vu refuser. Toute la jeunesse de la jeune fille est compliquée par la relation inextricable à cet Oncle, faite de dons et de dettes.
Sa planche de salut sera les études, le compromis provisoire sans renoncement, fortifiée par la relation à sa mère. Cette maman héroïque lui a transmis l’endurance dans l’adversité, le sens du beau et de la dignité en toutes circonstances. Madeleine rend hommage à ceux qui lui ont tendu des mains qu’elle a su saisir. Sans ces rencontres providentielles, rien n’aurait pu s’accomplir. Elle n’aurait pu faire quelque chose de ce qu’on avait fait d’elle…
L’honneur d’écrire pour les autres et ‘avec’ l’autre
L’écriture de son récit de vie fut un processus lent mais de haute intensité. Quand tout fut terminé, Madeleine voulut que j’en signe le livre avec elle, au prétexte que rien n’aurait été accompli l’une sans l’autre. Au prétexte que, sans cette ‘ligne de vie’ entre nous, elle n’aurait pu raconter ce qui lui était arrivé. Pour moi, son Écrivain Biographe, ce fut une aventure qui nous a transformées aussi bien l’une que l’autre. Pour moi, ce fut, de surcroît, un honneur.