Dérouler les souvenirs
La demande – rarement formulée mais toujours implicite – de celui ou celle qui se raconte est d’être écouté.e. Totalement, avec patience et précision.
Je crois que le rôle d’un écrivain biographe n’est pas seulement celui de scribe fidèle. Son rôle est plus subtil et plus impliqué, plus proche. C’est celui d’un accoucheur de mémoire, d’un déclencheur de souvenirs, d’un explorateur des temps passés.
Oublier les histoires
Aller regarder derrière les histoires sans cesse racontées aux enfants et aux petits-enfants, toujours avec les mêmes mots, les mêmes images, vite parce qu’ils n’ont pas le temps. Aller chercher derrière ces images figées, telles des vignettes ou des cartes postales, ce qui s’est vraiment passé, comment cela s’est passé, retisser les liens et les causes, les enchaînements de circonstances, ne pas omettre les conditions particulières de la vie d’alors. Faire revivre les évènements, les espaces, les personnages, les saveurs, les couleurs, les sons.
Un tête-à-tête
S’installer calmement avec la personne, l’écouter raconter en prenant tout son temps, lui montrer que tout est important, revivre avec elle la vie foisonnante telle qu’elle l’a vécue en ce temps-là, lui donner la main pour avancer loin et avec confiance vers l’enfance, les années de jeunesse, les premières expériences. Permettre aux émotions d’affleurer et d’éclore, rire, s’attendrir, s’attrister, s’indigner avec elle. Ce tête-à-tête est à la fois un don, un échange et un partage. Plus tard, lorsque je rassemble ces moments en autant de textes, il se poursuit et vient tenir ma main qui écrit.